Déclaration du Sultan Sidi Mohammed Ben Youssef , le 3 septembre 1939 : "Nous devons apporter à la France un concours sans réserve, ne lui marchander aucune de nos ressources et ne reculer devant aucun sacrifice"..Comme pendant la Première Guerre mondiale , 1914-1918, la bravoure des guerriers marocians s’imposa.Septembre 1939 : 6 régiments de tirailleurs marocains en France . - Octobre 1939 : 1 division marocaine en France . Mai et Juin 1940 : 10 régiments de tirailleurs (la totalité) engagés en première ligne dans les campagnes de Belgique et de France (30.000 hommes).Itinéraire de la 1ère division marocaine (17.000 hommes : 1ère RTM, 2e RTM, 7e RTM et un régiment d’artillerie) :- 10 mai 1940 : installation en Belgique sur la Dyle, à l’est de Bruxelles.- 14 mai 1940 : violent bombardement de stukas et de l’artillerie allemande.- 15 mai 1940 : disparition d’un régiment entier d’artillerie. La division, durement bousculée par des blindés très mobiles, atteinte par le feu de l’aviation , recule au nord de la France pour être réorganisée.- 28 mai 1940 : la division marocaine, codée en trois tronçons , se replie vers Lille. Nombreux sont les prisonniers. Le reste, encerclé, reflue vers la mer et réussit à s’embarquer à Dunkerque vers l’Angleterre. Ce petit nombre de fugitifs subit à nouveau des pertes en mer par bombardements aériens :-2 - 5 juin 1940 : bref séjour en Angleterre- 6 - 10 juin 1940 : les 4.000 rescapés sont ramenés en France, à Brest et en Normandie pour reprendre le combat.- 18 juin 1940 : les derniers survivants de la division marocaine sont capturés.De la 1ère division marocaine, personne n’est revenu en 1940. Les prisonniers ne devaient revenir qu’en 1945.
Combats de la MeuseSi Bekkaï, futur premier président du Conseil des ministres en 1955, était officier d’un escadron de spahis le 10 mai 1940, dans les combats de la charnière de la Meuse. Poursuivi par les tirs à balles traceuses de l’aviation allemande, il fut grièvement blessé et amputé d’une jambe.Le 6e régiment de tirailleurs marocains tenait le 14 mai 1940 , les ponts sur la Meuse dans la région de Namur. Attaqué par les blindés allemands, le régiment se replia sur la voie ferré Namur-Bruxelles, puis, dans la nuit du 15 mai , dans la région de Charleroi. Après une résistance acharnée au nord, près de la frontière française, le régiment fut encerclé par les blindés et capturé.Combats de la SommeLe 5 juin 1942 , le front fut rompu partout sauf devant le 10e régiment de tirailleurs marocains, fort de 3.000 hommes. Après de très durs engagements, les dix derniers survivants purent être regroupés sur les bords de l’Oise.Bilan des pertes marocaines100 % des forces engagées ont été tuées, blessées, prisonnières ou portées disparues.L’armée d’armistice (25 juin 1940 - 8 novembre 1942)Officiellement, la moitié de troupes autorisées à stationner en Afrique du Nord par les commissions d’armistice allemande et italienne résidait au Maroc.Ces 60.000 hommes appartenaient à sept régiments de tirailleurs marocains reconstitués, ainsi qu’à des unités d’artillerie et de cavalerie. Des unités légères, les goums, avaient été mobilisées, armées et entraînées. En 1939-1940, leurs effectifs étaient passés de 120 à 186 goums puis ramenés à une centaine de 1940 à 1942. Les commissions d’armistice ignoraient que l’armement de six divisions avait été camouflé au Maroc pour lever éventuellement une armée de 70.000 hommes. Des canons, des munitions, des chars en pièces démontées, des stocks de matières premières : 6.000 tonnes de cuivre, 5 tonnes d’oxyde d’uranium et 800 litres d’eau lourde avaient pu être cachés à travers le Royaume.
La conférence d’AnfaLa venue à Casablanca du présidente américain, Franklin Delano Roosevelt, et du Premier ministre anglais, Winston Churchill, correspondait à un tournant capital de la seconde Guerre mondiale. Le Monde libre organisait sa marche vers la victoire. C’est à Anfa, que le président Roosevelt, au nom des Alliés, annonça la poursuite de la guerre jusqu’à une capitulation sans condition des puissances de l’Axe. Anfa redonna enfin un immense espoir aux populations de l’Europe occupée.Sur le plan militaire, des décisions secrètes furent prises, préparées par les états-majors américain et britannique :- invasion prochaine de la Sicile ;- invasion de l’Europe au printemps 1944 avec choix des plages de débarquement en Normandie (les plans furent préparés à la villa Mirador où habitait Churchill) ;- Promesse écrite de Roosevelt de fournir à l’Afrique du Nord l’armement et l’équipement de 3 divisions blindées, 8 divisions motorisées, 500 avions de chasse, 300 bombardiers et 200 avions de transport. Un premier échelon livrable (et livré) en avril 1943 commenterait l’équipement de 2 régiments blindés, de 3 régiments de reconnaissanc , de 3 divisions motorisées, de 3 bataillons de chasseurs anti-chars.Sur le plan diplomatique , la rencontre du Sultan du Maroc, Sidi Mohammed Ben Youssef, de Roosevelt et de Churchill fut historique. Elle concrétisait clairement la charte de l’Atlantique et les espoirs de la marche vers l’indépendance du peuple marocain. Pour la première fois depuis 1912, le Souverain du Maroc parlementait directement avec le chef de l’Amérique , l’Etat le plus puissant du monde. Le vendredi 22 janvier 1943, dans sa ville de Dar-es-Saâda, Roosevelt reçut deux fois le Souverain, d’abord dans une entrevue en tête-à-tête, ensuite dans un dîner officiel où se trouvait S.M. Hassan II, alors jeune prince de quatorze ans. Plus tard, le prince confia à l’écrivain Georges Vaucher : "Ce fut mon premier secret d’Etat. C’était un vendredi , Mon père m’a emmené avec lui à trois heures de l’après-midi , soi-disant pour aller inaugurer une école à Casablanca. Nous sommes partis seuls en auto. Je n’ai pas assisté à l’entretien qu’il a eu avec Roosevelt. Mais je fus invité, le soir, au dîner officiel auquel assistait aussi Churchill. L’entretien confidentiel que le Sultan a eu avec le président Roosevelt fut très important. Ils purent parler à cœur ouvert. Si Roosevelt n’était pas décédé prématurément, il aurait joué un grand rôle dans l’émancipation du Maroc et de tout le continent africain".Au dîner officiel, Sidi Mohammed Ben Youssef, invité d’honneur du Président Roosevelt, était à la droite de celui-ci. Le jeune Prince Hassan entrait pour la première fois dans le monde des chefs de la diplomatie internationale. Il était accompagné du Grand Vizir El Moqri, un dignitaire déjà monagénaire, et de Si Maâmri, le chef du protocole. Winston Churchill était là, ainsi que le grand chef des armées américaines, le général Marshall, et le général Patton, chef du débarquement au Maroc. Robert Murphy, représentant personnel du président américain pour l’Afrique du Nord, et le fils de Roosevelt, étaient au nombre des convives. Les collaborateurs de Roosevelt et de Churchill participaient à ce repas : Harry Hopkins, conseiller privé du Président américain, le capitaine de vaisseau John D. McRea, attaché naval de la Maison Blanche et Harold Macmillan. Le général Noguès, encore résident de la France, était invité.
Le débarquement américain au Maroc (8-10 novembre 1942) : "l’opération Torch" Le corps expéditionnaire américain au Maroc, la Westerne Task Force, quitta Hampton Roads le 23 octobre avec les troupes ; le groupe de protection sortit le 24 de Gasco Bay, près de Portiand, et les cinq porte-avions de l’Air group quittèrent les Bermudes le 25. Une centaine de navires environ se rassembla le 28 avec 35.000 hommes.Les ravitaillements commencèrent fin octobre. La route suivie fut celle de Dakar pour éviter les sous-marins allemands des îles Açores. Elle fut suivie jusqu’au 2 novembre, puis changement de cap à 90°. Second ravitaillement le 6. Le convoi s’étirait sur 80 miles de long, 20 de large. Le Massachussetts ouvrait le convoi, suivi par le croiseur Augusta, le gros du convoi avec les transports, les porte-avions, en arrière-garde, les destroyers de protection sur les flancs, à hauteur du cap Blanc (près de Nouadhibou en Mauritanie), le temps se gâta. L’amiral Hewit se demanda s’il ne devait pas franchir le détroit de Gibraltar et débarquer les troupes à l’ouest de l’Algérie, à Nemours, actuellement Ghazaouet, tout près de la frontière marocaine. L’état-major d’Hewitt prédit une amélioration du temps locale.L’ordre de dispersion des navires fut lancé et ceux-ci se dirigèrent vers Safi, Fédala (Mohammédia) et Mehdia.La nuit du 7 au 8 novembre était d’un noir épais. La flotte américaine arriva à 23h 53 devant Fédala et à minuit à Mehdia, à l’estuaire de l’Oued Sebou.L’amiral Hewitt était à bord au croiseur Augusta. Il avait à son bord le général George Patton junior, le commandant en chef des forces américaines de débarquement.Devant Safi se trouvait le général Ernest Harmon, à la tête d’un corps américain de 6.500 hommes. Il ignorait qu’à 3h20 du matin l’armée française de Safi avait été mise en état d’alerte contre un éventuel débarquement. La nuit était si noire que l’opération de mise à l’eau des péniches de débarquement (les L.C.P., langing craft personnal ; les L.C.A., landing craft assault) s’avérait si compliquée que l’heure du débarquement fut retardée à 4h38. Sept minutes plus tard, le premier soldat américain atteignait le port de Safi. Les nouveaux venus furent entourés par une foule de pêcheurs marocains venus assister sans crainte à un "match" entre soldats américains et français. Douze Marocains à l’air grave se réunissaient autour d’un soldat américain qui mettait péniblement sa mitrailleuse, en batterie. Les Marocains suivaient les rafales des tirs entre belligérants en tournant la tête de droite et de gauche sans se soucier du danger. Si des Américains étaient touchés, il lançaient des quolibets et encourageaient les blessés.Très vite les points stratégiques importants (gares, portes, nœuds routiers) étaient tenus par les Américains, à l’exception de l’aérodrome. Le général Harmon peut débarquer ses blindés sur les quais, ainsi que la totalité de ses hommes et une réserve d’essence. Le lendemain 9 novembre, les chars américains s’élançaient sur les routes en direction de Casablanca L’aérodrome fut occupé après le cessez-le-feu officiel du 10 novembre au soir.Le débarquement du nord eut lieu à Bouknadel (plage des Nations). A minuit, le vieux cuirassé Texas, le croiseur léger Savannah, 2 porte-avions, 3 destroyers, 4 escorteurs, 8 transporteurs se trouvaient avec 9.000 hommes à l’embouchure du Sebou. Les navires étaient à cinq kilomètres de la côte. Marins et hommes de troupe voyaient briller les lumières de Mehdia. Malheureusement, les courants déportèrent les uns des autres. L’heure du débarquement dut être retardée à 4h30. A cette heure là, l’ordre donné par le général Bethouart aux batteries côtières de ne pas tirer cessa d’être en vigueur. Si les Américains avaient débarqué à 4 heures, les canons seraient restés silencieux et les militaires français auraient apporté leur aide aux Américains. Trois mille soldats marocains et français étaient installés sur les hauteurs, à l’abri de la boucle du Sebou, protégés par des marécages et bientôt aidés par une cinquantaine de voitures blindées venues de Rabat. Les avions américains Wildcat détruisirent au sol une partie des avions français. Un certain nombre d’appareils prirent l’air et infligèrent des pertes aux Américains. Les combats durèrent trois jours, et les pertes furent sévères dans les deux camps : 88 soldats américains et des pertes sensibles chez les tirailleurs marocains. Il fallait déplorer la mort du colonel américain Craw, porteur d’une lettre du chef des forces américaines, le général de division Truscott, destinée au chef des forces de Kénitra. Il put entrer en ville, passer un premier barrage qui indiqua la direction du quartier général de Kénitra. La jeep portait un drapeau blanc. Malheureusement, la jeep, parvenue à un carrefour, fut prise sous le feu d’un mitrailleur marocain et les négociations n’eurent pas lieu.A Fédala, le croiseur Augusta, le Brooklyn, 4 destroyers, 11 escorteurs, 15 transports avaient jeté l’encre à 14 miles, et pendant les éclaircies, entre les averses d’une pluie battante, les navires apercevaient les lumières de la ville. 19.000 hommes attendaient le moment de débarquer. Parmi eux, des hommes habitués à la mer, des marins venus de la marine marchande, aussi des terriens, véritables novices, qui voyaient la mer pour la première fois. Le général Bethouart avait averti le chef militaire français de Fédala. Ce dernier attendit en vain le débarquement prévu à 2 heures.Ne voyant rien venir, il fit rentrer ses unités à la caserne, et de toutes les opérations de débarquement, celle de Fédala fut la plus facile, mais aussi la plus décevante. Les soldats grognaient et ne voulurent pas descendre dans les filets jetés le long des parois des navires. Beaucoup, lourdement chargés, s’étaient empêtrés dans les mailles, avaient glissé et s’étaient noyés. L’heure du débarquement se trouva retardée. Les bateaux pilotes envoyés en éclaireurs revinrent. Ils n’étaient plus là quand les premiers chalands de débarquement arrivèrent. A 4h15, les péniches commencèrent leurs navettes d’un quart d’heure entre les transports de troupes et la plage. Selon les modèles, ces types d’embarcations blindées transportaient une cinquantaine d’hommes, parfois le double ou le triple. Elles étaient munies d’un moteur à l’arrière et d’un pont-levis à l’avant. Par suite d’erreurs techniques, ces unités légères s’embourbèrent, se brisèrent sur les roches. Au lever du soleil, 162 péniches gisaient sur la plage de Fédala et n’étaient plus que des épaves inutiles. Les autres, qui avaient réussit leur abordage, étaient très éloignées les unes des autres. Le regroupement des hommes s’averait difficile. Aucune troupe marocaine nétait postée sur les dunes. Toutes étaient reparties à leurs casernes.Des soldats américains de la 3ème division foncèrent et arrivèrent à la villa du Prince Murat qu’il réveillèrent, et ils arrachèrent les dormeurs à leur sommeils et les firent prisonniers en pyjamas. Ils les dirigèrent sur les Etats-Unis.Peu après 6 heures, le jour se leva. Les batteries côtières de Pont-Blondin commencèrent à tirer avec leurs canons de 190 mm. A 6 h 30, les destroyers américains ripostèrent, puis le Brooklyn. Au moment des premiers tirs, les Américains avaient déjà perdu trois centaines d’hommes (par noyade). Les canons de Pont-Blondin étaient mal protégés. Ils furent pulvérisés par les obus américains, comme les cabanons et, leurs notes venus passer la fin de semaine. Auparavant une des batteries tira sur un destroyer qui dut s’écarter, un obus dans sa chaudière. Le temps était beau, un peu brumeux, la houle pas trop forte. Le croiseur Brooklyn tira 757 salves d’obus de 150 mm, jusqu’à 7h42, puis commença un tir roulant sur la batterie d’El Hank. Plus tard, on sut que l’officier de marine qui commandait les batteries côtières était entré en communication avec le commandement américain pour abandonner ses positions.A 7 heures, les avions du porte-avions Ranger s’apprêtèrent à s’envoler. Dix minutes après le lever du soleil, à 8 h 04, 18 bombardiers lancèrent leurs premières bombes sur le port de Casablanca et coulèrent 3 sous-marins, panneaux ouverts : l’Oréade, le Psychée et l’Amphitrite. Une pluie de bombe tomba sur la grande jetée et sur le Jean-Bart, un grand cuirassé de 33.000 tonnes, proie facile, à l’amarrage et aisément repérable des hautes tours des silos à grains dressées au-dessus des quais. Trois autres navires de passagers venus de Dakar étaient atteints. Deux pétroliers étaient par hasard évités. S’ils avaient été touchés, ils auraient pu détruire le port tout entier. Des navires en réparation étaient touchés. La batterie d’El Hank répondait toujours. Le Wichita, le Tuscaloosa, le Massachusetts ouvrirent le feu sur le Jean-Bart. Des bombardiers Douglas Dauntless attaquèrent le Jean-Beart en piqué depuis 8h07, le Jean-Bart avait tiré deux salves de 380 mm, mais la visibilité était mauvaise : la brume, la fumée des navires voisins dont les marins poussaient les feux le gênaient.Lui-même fut atteint au bout de 21 minutes de tir. Le port était un véritable chaos.A 9 heures, la 2ème escadre de petits torpilleurs sortit du port à 18 nœuds. Elle était dirigée par l’amiral Gervais de Lafond. "Les 7 navires étaient condamnés". Les Français lancèrent des opérations suicides. Le feu des navires, les tirs des avions du Ranger se concentrèrent. A 10 h 40, le Fougueux fut détruit par les grosses pièces du Massachusetts (406 mm) et du Tascaloosa. Il sombra sans s’arrêter de tirer. A 11 h, le Milan, son avant défoncé par un obus de 406, dériva et s’échoua. Gervais de Lafond transféra sa marque sur le croiseur Primauguet. A midi, le Boulonnais fut massacré par des bordées avec une gîte de 20° et coula au port dans la journée, comme le frondeur. L’Albatros fut touché par un 406 à l’avant.Atteint aussi à l’arrière, il se traîna au port et chavira dans la nuit. L’Albatros avait tiré 450 salves. L’après-midi, le Primauguet était hors de combat, avec 90 morts et 200 blessés. Des cinq sous-marins, le Sibylle ne donna plus signe de vie. Le Sidi Ferruch s’échappa avec 3 officiers et 63 hommes à bord. Repéré le 13 novembre à hauteur de Dakhla (après le cessez-le-feu), il était coulé par les bombes d’un avion en tentant d’atteindre Dakar. La Méduse sortit de la passe du port à 5 ou 6 nœuds, en plongée, lança 3 torpilles contre le Massachusetts qui les évita d’un coup de barre. Auparavant, l’équipage avait entendu des chocs sur la coque : c’était les coups de 406 mm tirés par ce gros cuirassé. Pris en chasse par des torpilleurs américains, il fut grenadé. Il s’échappa, revint à El Hank, fit surface vers midi, demanda des ordres en signaux. Les écoutilles étaient ouvertes. Brusquement, les chasseurs américains attaquèrent en piqué à balles traçantes de 12,7. Trois hommes furent blessés : un officier par éclats au ventre, deux par balles à l’épaule. Des coups indiquaient que la coque était crevée. Les voies d’eau furent bouchées dans les ballasts. La Méduse plongea et se dirigea vers Safi. Elle eut des difficultés pour faire surface. Elle piquait du nez ou plongeait à l’arrière. Elle débarqua les trois blessés à Safi.A nouveau attaquée par des avions américains, elle parti vers Jorf Lasfar où elle se trouve toujours et où on l’aperçoit à marée basse près du Cap Blanc. Les blessés furent évacués.Le sous-marin qui était en réparation au dock flottant sortit du port le 8 novembre sans périscope. Il fut coulé par les avions américains. Le Tonnant essaya de couleur le porte-avions Ranger puis se dirigea vers Cadix où il se saborda le 15 novembre.L’Alcyon fut le seul bâtiment qui survécut.L’amiral Hewitt fut atterré lorsqu’il se rendit compte qu’il avait tiré les trois quarts de ses obus de 406 sur quelques torpilleurs et, sans lui causer aucun mal, sur la batterie d’El Hank.Une seule unité résistait toujours, le Jean-Bart, dont la tourelle avait été bloquée. Le navire, grâce à un industriel, put réparer mais laissa ses canons immobiles.Le 10 novembre à 12h20, l’Augusta s’approcha. Dix minutes plus tard, il était à 17 kilomètres (le Jean-Bart pouvait tirer à 25 et même 30 kilomètres), mais les premiers tirs furent gênés par une grue géante située à proximité. La 5ème salve frisa l’avant de l’Augusta où se trouvaient l’amiral Hewitt, le général Paton , deux contre-amiraux, un général, des journalistes. L’amiral Hewitt fut aspergé par une énorme gerbe d’eau jaunâtre et dut aller se changer. Furieux, il donna l’ordre de détruire de "foutu navire jaune". Vers 15h30, pilonné par des bombes de mille livres qui traversèrent au rouge sa plage arrière, largement échancré à l’avant par une déchirure, le navire se posa sur le fond du port. 19 marins étaient tués, 42 blessés. L’ensemble des opérations navales avait coûté 462 morts (selon d’autres estimations, 803) et 640 blessés (plus de 1.000). Les différences disparaissent si l’on ajoute les civils à la marine de guerre.Si l’on compte les victimes terrestres et navales, le bilan s’élève à 3.000 morts, dont 2.000 chez les Français. La population civile de Casablanca fut épargnée de justesse. Les Américains étaient déjà prêts à bombarder et raser en partie la ville. Mais une tempête menaçait, des sous-marins allemands s’ameutaient. Le général Eisenhower adressait des messages codés qui n’étaient pas reçus (le code de Patton était resté dans la cale d’un des navires). Eisenhower envoya un avion avec un message. L’avion fut abattu. Finalement, les Américains de Kénitra avertirent l’amiral Hewitt, et le chef de Kénitra, Truscott, sauva la ville de Casablanca de justesse. La veille au soir, le général Noguès avait ordonné le cessez-le-feu que lui avait ordonné l’amiral Darlan. De Vichy, un ordre calculé de l’amiral Auphan avait demandé à l’amiral Michelier de tenir jusqu’à la limite de ses possibilités. Les Français avaient perdu 170 avions et la totalité de leurs navires.
La campagne de TunisieLe Maroc entrait à nouveau et réellement dans la guerre mondiale. Comme en 1918, les soldats marocains se retrouvèrent aux côtés des Alliés : Américains, Anglais et Français. La lutte fut dure, longue et désastreuse pour les Allemands et les Italiens. Les premiers combats commencèrent le 19 novembre 1942, onze jours après le débarquement allié au Maroc et en Algérie. Les opérations se terminèrent le 13 mai 1943, après l’entrée des Alliés à Tunis.Les troupes marocaines s’élevèrent à 35.000 hommes. Elles représentèrent la moitié des effectifs venus du Maroc, d’Algérie et de Tunisie et engagés au feu. Ces unités étaient sous-équipées : comme en 1940, elles marchaient à pied : les canons étaient tirés par des chevaux. Le matériel faisait cruellement défaut. Sans camions, sans chars, sans artillerie puissante, sans détecteurs de mines, les troupes marocaines furent appréciées par leur courage, leur allant et leur ténacité.La Tunisie devient un champ de bataille. Le général américain Eisenhower avait préparé et conçu le plan "Torch" de l’invasion alliée de l’Afrique du Nord. Il avait volontairement limité les opérations au Maroc et à l’Algérie. Il n’avait pas voulu écouter les propositions anglaises qui avaient conseillé un débarquement en Tunisie. Les aérodromes de Sicile, proches de 140 km, auraient donné trop beau jeu aux aviateurs allemands et italiens. Les pertes alliées en hommes et en matériel auraient été trop élevées, estimait-il : au moins trois gros bâtiments de guerre, dont un porte-avions.Einsenhower écarta aussi le projet de l’amiral anglais Lyster qui avait prévu, en plus d’un débarquement en Tunisie, l’envoi de Malte à Tunis de 5.000 hommes, suivis de nombreux autres bombardiers remplis de soldats. Les idées du Britannique avaient pourtant paru justes à l’état-major américain. Le général Einsenhower, prudent, écarta de telles ambitions.Ne risquait-il pas des contre-attaques allemandes sur ses convois en Atlantique ou une attaque brusque à travers l’Espagne en direction de Gibraltar et du nord du Maroc ? Il jugeait par ailleurs le succès des débarquements au Maroc et en Tunisie trop aléatoire, les effectifs engagés trop faibles (105.000 hommes) pour être étirés de Safi à Tunis, sur 1800 km.Le 8 novembre 1942, les Américains débarquèrent à Oran et Alger, les parachutistes anglais sautèrent à Bougie (aujourd’hui Bejaya) et Bône (Annaba) les 10 et 11 novembre. Les premiers navires qui avaient déchargé renforts et armements furent bombardés par l’aviation allemande. L’aéroport de Bône ne fut occupé que le 12 novembre. les blindés de la 1ère armée britannique apparurent en Tunisie le 18 pour établir leur jonction avec les forces françaises à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Tunis, à Medjez el-Bab. Le 19 novembre, les premiers coups de feu arrêtaient la progression allemande. Le 25 novembre, les chars moyens anglais et américains, venant d’Algérie, attaquaient les Allemands au sud de Bizerte. Leur attaque sur Tunis échoua. Elle intervenait trop tard. Les Allemands avaient eu le temps d’organiser une solide tête de pont autour de Tunis et de Bizerte.Les Allemands avaient réagi dès le lendemain du débarquement allié au Maroc et en Algérie. L’après-midi du 9 novembre, 100 avions allemands s’étaient posés sur l’aérodrome de Tunis ; 30 junkers avaient déjà bombardé Alger. Le 10 novembre, 150 gros avions de transport étaient arrivés avec un renfort de 12.000 hommes. le 12, deux bataillons allemands et italiens avaient débarqué à Bizerte.Les soldats tunisiens et français, zouaves, tirailleurs ou spahis, s’élevaient à peine à 7.000 hommes. Ils évacuèrent les grandes villes du littoral pour occuper des positions défensives dans les régions montagneuses qui dominaient les grands axes de communication vers l’Algérie. A la mi-novembre, des renforts algériens arrivèrent de Constantine. 20.000 hommes tenaient alors un front de 400 km, selon une ligne parallèle à la frontière algérienne. Le matériel caché par les Français depuis 1940 surgissait comme par enchantement : locomotives, wagons, camions quittaient le littoral pour partir vers l’ouest. Mitrailleuses, canons antichars et même des avions - de modèle bien périmé - se trouvaient maintenant au front. Les Allemands gardaient provisoirement la maîtrise de l’air. Les terrains d’aviation utilisés par les Alliés étaient encore situés à 500 km, hors de portée efficace. Les opérations étaient gênées par l’absence de communications de direction ouest-est, les pistes se transformaient en bourbiers dès les premières pluies.Début décembre, les troupes marocaines s’installèrent dans les régions boisées et montagneuses de la Tunisie centrale. Le 7è régiment de tirailleurs marocains arrivait le premier, de Meknès et de Midelt, bientôt suivi par six autres régiments de Fès et de Taza et par six goums. Le 20 décembre, le 7e RTM et les tabors attaquèrent dans les maquis au nord de Kairouan, au sud-ouest de Zaghouan, dans les secteurs des monts Fkirine et Chirich. Malgré un appui de canons anti-chars britanniques, l’absence de blindés compromit l’effort de l’attaque. Au bout de deux jours, les troupes durent revenir à leur point de départ. La pluie, la boue génaient les opérations. L’attaque reprit le 27 décembre avec l’appui de chars légers américains. Les gains de terrain, sensibles le premier jour, s’amenuisèrent. Le 28, des chars allemands lourds contre-attaquaient avec violence. Les lignes marocaines s’accrochaient sur les hauteurs qui permettaient de dominer et d’observer la plaine côtière, fort étroite, de Sousse à Kairouan. Dès la nuit du 28 au 29 décembre, les Marocains tenaient les cols qui menaient à Kairouan, ils recevaient en renfort six régiments de tirailleurs venus de Fès et de Taza, quatre tabors et quinze goums, le 2è corps d’armée américain s’installait à Constantine, le maréchal Rommel comprit alors la menace qui pesait sur ses communications à l’arrière.
Le maréchal Rommel pris entre deux feux Depuis le 4 novembre, date de la victoire britannique d’El Alamein, Rommel et l’Afrika Korps avaient reculé à travers le désert et les vents de sable pendant plus de 2.000 km. Le général Montgomery l’avait poursuivi sans relâche, sauf lorsque la pluie avait ralenti la poursuite de la 8è armée britannique. Le général français Leclerc, avec des troupes du Tchad, entrait au cœur de la Libye, dans le Fezzan. Les Allemands et les Italiens donnaient des signes évidents d’usure. Rommel était pris dans un étau entre les deux branches d’une gigantesque tenaille qui risquait de le broyer : la 8è armée à l’est était forte de 220.000 hommes. A l’ouest le général Eisenhower était en train de mettre en place une force comparable. Le 5è corps britannique, les 40.000 Marocains, Algériens, Tunisiens et Français luttaient déjà sur le sol tunisien. Une partie seulement du 2è corps d’armée américain était à pied d’œuvre. La mise en place de ces 150.000 hommes serait terminée pour la fin janvier. Le général Eisenhower avait prévu les derniers jours de janvier pour le déclenchement d’une puissante offensive.Le maréchal Rommel ne lui en laissa pas le temps, il préféra prévenir plutôt que subir un tel assaut. L’enjeu était pour lui trop grave. Ses communications avec la tête de pont de Tunis et de Bizerte risquaient d’être interrompues par les Alliés. Il organisa une attaque de grand style qui portait bien sa marque. Après une série de cinq contre-attaques du 18 au 27 décembre, à l’ouest de Kairouan, contre les secteurs marocain et algérien, il se décida à reprendre à tout prix les portes d’accès à Kairouan : Le 3 janvier il lança un violent bombardement aérien, puis une nouvelle attaque avec des moyens modernes importants. Un bataillon entier se sacrifia. Rommel put s’emparer d’un des accès montagneux vers la capitale religieuse de la Tunisie. Il avait cependant perdu tous les sommets de Tunisie centrale, tenus par les troupes marocaines. En grande hâte, il transporta, dans la région de Zaghouan - entre Tunis et Kairouan - la 10è Panzer (une unité blindée très aguerrie, en lutte depuis le 10 mai 1940), quatre bataillons, une division d’infanterie, des parachutistes, des chars Panther de 52 tonnes d’un type tout nouveau, encore jamais apparus en Afrique. L’attaque commença le 18 janvier à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Zaghouan. Elle se poursuivit dans la nuit du 18 au 19, et les chars profitèrent de la pleine lune pour continuer leur avance. Les canons de 75 étaient inefficaces contre les blindages des chars. Les troupes marocaines encerclées, pilonnées dans la plaine, se dégagèrent par les montagnes. Elles se replièrent avec de lourdes pertes, à 20 kilomètres au sud sur le Jbel Bargou, sans oublier d’emmener les prisonniers des opérations précédentes, les goumiers formèrent pourtant des bouchons pour freiner l’avance allemande vers la cuvette de la plaine d’Ousseltia, proche de Kairouan.Dans la nuit du 20 au 21 janvier, les Allemands contournèrent les points de résistance marocains. Une contre-attaque de chars américains, du 21 au 26 janvier, permit de reconquérir le terrain perdu. Les forces éprouvées mais sauvées par la contre-attaque réussie du général américain Robinett.Rommel ne s’estimait pas satisfait. Il avait pu dégager les communications de Tunis à Sousse. Il avait légèrement débordé au sud la ligne de chemin de fer de Tunis à Constantine. Surtout, il avait pu faire sa jonction, le 26 janvier, avec les renforts allemands récemment débarqués en Tunisie. Cependant, une menace grave pesait au sud : les liaisons littorales vers le Sud tunisien, vers Sfax et Gabes, risquaient d’être coupées par les Alliés. L’Afrika Korps perdait définitivement la Libye, devenue le second cimetière de l’armée allemande après Stalingrad. Le désert libyen, dans ses immensités calcinées, gardait 15.000, 20.000 cadavres momifiés de ces jeunes Allemands de moins de trente-cinq ans qui, après les tourments des tempêtes de sable et les tortures de la soif, avaient perdu la vie, épuisés dans des combats farouches. Les généraux anglais et français, Montgomery et Leclerc, s’étaient rejoints à Tripoli le 25 janvier. L’un arrivait de l’est, l’autre du sud, du Tchad par les oasis du Fezzan. Le 30 janvier, les troupes de Leclerc atteignaient la frontière tunisienne et établissaient le contact avec les unités algériennes. Rommel sentait le filet se resserrer autour de lui.Le même jour, à 100 km à l’ouest de Sfax, il lança un coup de boutoir audacieux avec 80 chars vers le col de Faid. Des chars de l’Afrika Korps assaillirent les défenseurs du col qui tinrent trente-six heures jusqu’à l’épuisement de leurs munitions. Des blindés américains, à 50 km de là, ne purent leur porter secours, eux-mêmes cloués au sol par le feu des Panthers. Ces unités américaines récemment arrivées en Tunisie recevaient le baptême du feu. Elles reculèrent et abandonnèrent une partie de leur matériel. Le 15 février, Rommel avait la voie libre pour foncer vers l’Algérie, vers Constantine. Le 17 février, il avait réduit, à néant trois mois d’efforts. Le 20 février, il s’était emparé du col Chambi sur les flancs du plus haut sommet tunisien. Le 21 et le 22 février ses blindés approchaient de la frontière algérienne: la situation était critique. Les forces de Rommel dépassaient Kasserine, menaçaient Constantine et risquaient de prendre à revers tout le front central allié. A l’aube du 23, un bombardement massif de l’aviation alliée brisa l’attaque de Rommel. Les terrains d’aviation alliés étaient maintenant plus proches, à Constantine et à Sétif. Les Allemands refluèrent vers le Sud tunisien, vers Gafsa d’abord, vers l’est et la côte ensuite. Ils détruisaient les points, semaient des champs de mines, mais il étaient vigoureusement talonnés par les troupes alliées. Ils ne purent empêcher le retour des troupes marocaines dès le 5 mars sur les hauteurs qui dominaient la plaine d’Ousseltia, à l’ouest de Kairouan. Le front retrouvait les positions du début janvier 1943.Rommel avait gagné deux mois en Tunisie centrale. Par contre, il se sentait menacé dans le Sud tunisien, à 45 km au sud de Gabès. Là, les Français avaient installé en 1940 une ligne de fortifications à Mareth, entre les monts des Ksours et le littoral, à hauteur de l’île de Djerba. Rommel l’avait occupée dès le 20 janvier. Il craignait d’être tourné par la 8ème armée britannique qui se mettait en place devant lui, le long de la ligne de Mareth. Rommel attaqua les Britanniques et perdit, ce jour-là, une soixantaine de chars. Il se cramponna sur la ligne de Mareth jusqu’à la fin mai.
La marche victorieuse vers TunisLes alliés ont alors une totale maîtrise de l’air. A la mi-mars, les corps francs d’Afrique, les commandos et les Britanniques menacent Bizerte et Tunis par l’Ouest. Au centre, les Marocains tiennent les montagnes, les vallées et les cols qui permettent l’irruption dans les plaines littorales. Au sud, le 2ème corps d’armée américain s’installe à Gafsa. Les Français sous le général Leclerc occupent le Sud tunisien. La 8ème armée britannique se masse devant la ligne de Mareth.Désormais, les Alliés avancent partout malgré une résistance allemande farouche. Les Allemands reculent et subissent des pertes sérieuses en tués, prisonniers et matériel. Le 28 mars, la ligne de Mareth tombe devant les attaques de la 8ème armée britannique. Montgomery entre à Gabès le 19 mars et Sfax le 10 avril. Il est en contact constant avec le 2ème corps d’armée américain qui a débouché à l’ouest dans la plaine. Le même jour, les tabors marocains sont à 25 km de Kairouan qu’ils atteignent le 12 avril : Les Allemands ont perdu 1.100 prisonniers, des cannons, des mitrailleuses, des mortiers et laissé 500 des leurs sur le terrain. Le même jour les patrouilles anglaises arrivent à Sousse.Les tirailleurs marocains du 7è RTM étaient situés plus au nord, harcelés par l’artillerie allemande, gênés par les champs de mines. Une montagne n’était pas plutôt conquise que les tirailleurs étaient bombardés violemment, contre-attaqués et rejetés en bas le surlendemain.Désormais, 200.000 Allemands et Italiens sont encerclés dans la tête de pont de Tunis et de Bizerte. L’assaut final du 5 mai consomme définitivement la défaite de l’Axe, au nord de l’Afrique.Après un long bombardement d’artillerie, l’attaque finale est donnée par tous les Alliés, le 6 mai. Les trois lignes de défenses sont emportées. L’attaque décisive est menée de Medjez el Bab par les Anglais dix-sept jours plus tôt, ces derniers avaient eu à subir une redoutable offensive de la division Hermann Goering, qu’ils avaient perdu 33 chars sur le terrain, dont 3 "Tigre Mark VI" de 65 tonnes. Les Anglais avaient été à la peine. Ils furent à l’honneur et entrèrent les premiers à Tunis le 7 mai. Le lendemain, les Américains pénétrèrent dans Bizerte où ils avaient été précédés par les tabors et les corps francs d’Afrique. 4 divisions allemandes déposèrent les armes : parmi elles la 10è et la 15è Panzer, en guerre depuis mai 1940, et la division d’élite Hermann Goering. En plus des 250.000 prisonniers, 827.000 hommes étaient hors de combat, un matériel énorme était récupéré. A Tunis, les Marocains défilèrent victorieusement avec les Anglais, les Américains et les Français devant le général Eisenhower et le général Giraud, qui pouvaient recueillir les fruits des espoirs qu’ils avaient nourris à la conférence d’Anfa, quatre mois plus tôt. L’Allemagne avait laissé passer son heure en Méditerranée. L’assaut de la forteresse Europe par son côté sud, la Sicile, la Corse et l’Italie, était désormais possible.
Les conséquences de nos actions sont des épouvantails pour les lâches, et des rayons de lumière pour les sages.
Campagnes de Sicile et de Corse Pour permettre aux Alliés de s’installer au cœur de la Méditerranée, la campagne de Sicile avait été décidée à la conférence d’Anfa en janvier 1943. Elle débuta le 10 juillet suivant et dura dix semaines. Elle fut dirigée par le maréchal anglais Alexander qui avait sous ses ordres le général Patton, chef de la 7è armée britannique. Le débarquement commença au sud de l’île. Patton devait libérer la moitié ouest de l’île et Montgomery la partie est. Le général Patton avait demandé la couverture des mouvements de ses blindés par l’intervention rapide des goumiers marocains dans les régions montagneuses. La Sicile, en effet, présentait des reliefs de 1.000 à 1.500 mètres d’altitudes dans son secteur. Le 4è groupement de tabors marocains débarqua à Licata, à l’est d’Argrigente, avec les 66è, 67è et 68è goums. Il participa aux combats d’Agrigente. Les goumiers bondirent comme des gazelles et parcoururent à pied, en montagne, 120 km en quatre jours pour atteindre Palerme le 22 juillet.Montgomery n’avait pas de troupes de montagne et piétinait à Catane ; il se heurtait à une forte résistance allemande sur l’Etna, ce volcan de 3.000 mètres d’altitude. Patton intervint pour conquérir le nord de l’île et prendre l’Etna à revers. Les goums marocains, transportés en camions de Palerme à Pétralia, à mi-chemin entre Palerme et Messine, dans les montagnes de l’intérieur, réussirent la prise de trois sommets : le Campanito de 1500 mètres d’altitude, le Coniglio de 1.100 mètres et l’Acuto où les goumiers subirent des pertes fort sévères. Troina tomba le 3 août, les goumiers marocains suivirent les crêtes des monts Nebrodes au nord-ouest de l’Etna et parvinrent à Randazzo au nord du volcan. Pendant cette progression, Patton suivait la côte de la Sicile et parvenait à Messine le 17 août 1943.La campagne de Corse fut menée plus rondement encore : en trois semaines, au lieu de six en Sicile. L’île fut occupée du 13 septembre au 4 octobre 1943, 30.000 Allemands, 80.000 Italiens furent bousculés par la 4è division marocaine de montagne (4è DMM), le 2è groupement de tabors marocains et deux bataillons de choc, l’un américain, l’autre français.Les troupes débarquèrent près d’Ajaccio. Les Allemands tenaient les îles Sanguinaires près du port et se retirèrent vers le sud par voie maritime. Les Italiens se rallièrent, tandis que les Allemands, qui tenaient les trois aérodromes d’Ajaccio, de Bastia et d’Aleria, se regroupaient sur la côte orientale de l’île. Le 1er régiment de tirailleurs remonta la vallée de la Gravone et put atteindre le cœur de l’île à la grande surprise des Allemands. Les tirailleurs, grâce à un train muletier de plusieurs milliers de bêtes, traversèrent des terrains jugés par eux impraticables. Ils purent atteindre Corte, Bastia et le cap Corse, précédés par les goumiers, les spahis et les commandos. Le bataillon de choc français de l’île, opéra surtout dans le centre et dans le sud de l’île jusqu’à Bonifacio. Il remonta ensuite la côte orientale. Les Allemands, acculés dans les grandes villes de la côtes orientale, à Porto Vechio, Aleria, Bastia et le cap Corse, s’enfuirent par mer en direction de l’Italie.Les troupes marocaines avaient confirmé avec éclat leur haute combativité par les campagnes successives de Tunisie, de Sicile et de Corse. Cependant, ce fut en Italie que les tirailleurs et les goumiers marocains forcèrent le respect du monde entier. Leur courage, leur vaillance, leur endurance furent unanimement reconnus. Dans les combats d’Italie centrale, à 1.000 et 2400 mètres d’altitude, par un hiver particulièrement rigoureux - parfois par 30 degrés - les tirailleurs marocains s’imposèrent à des unités allemandes d’élite : des chasseurs alpins autrichiens ou des régiments ramenés de Russie, du front de Leningrad, qui avaient été spécialement entraînés à la guerre en haute altitude.
Combats de la MeuseSi Bekkaï, futur premier président du Conseil des ministres en 1955, était officier d’un escadron de spahis le 10 mai 1940, dans les combats de la charnière de la Meuse. Poursuivi par les tirs à balles traceuses de l’aviation allemande, il fut grièvement blessé et amputé d’une jambe.Le 6e régiment de tirailleurs marocains tenait le 14 mai 1940 , les ponts sur la Meuse dans la région de Namur. Attaqué par les blindés allemands, le régiment se replia sur la voie ferré Namur-Bruxelles, puis, dans la nuit du 15 mai , dans la région de Charleroi. Après une résistance acharnée au nord, près de la frontière française, le régiment fut encerclé par les blindés et capturé.Combats de la SommeLe 5 juin 1942 , le front fut rompu partout sauf devant le 10e régiment de tirailleurs marocains, fort de 3.000 hommes. Après de très durs engagements, les dix derniers survivants purent être regroupés sur les bords de l’Oise.Bilan des pertes marocaines100 % des forces engagées ont été tuées, blessées, prisonnières ou portées disparues.L’armée d’armistice (25 juin 1940 - 8 novembre 1942)Officiellement, la moitié de troupes autorisées à stationner en Afrique du Nord par les commissions d’armistice allemande et italienne résidait au Maroc.Ces 60.000 hommes appartenaient à sept régiments de tirailleurs marocains reconstitués, ainsi qu’à des unités d’artillerie et de cavalerie. Des unités légères, les goums, avaient été mobilisées, armées et entraînées. En 1939-1940, leurs effectifs étaient passés de 120 à 186 goums puis ramenés à une centaine de 1940 à 1942. Les commissions d’armistice ignoraient que l’armement de six divisions avait été camouflé au Maroc pour lever éventuellement une armée de 70.000 hommes. Des canons, des munitions, des chars en pièces démontées, des stocks de matières premières : 6.000 tonnes de cuivre, 5 tonnes d’oxyde d’uranium et 800 litres d’eau lourde avaient pu être cachés à travers le Royaume.
La conférence d’AnfaLa venue à Casablanca du présidente américain, Franklin Delano Roosevelt, et du Premier ministre anglais, Winston Churchill, correspondait à un tournant capital de la seconde Guerre mondiale. Le Monde libre organisait sa marche vers la victoire. C’est à Anfa, que le président Roosevelt, au nom des Alliés, annonça la poursuite de la guerre jusqu’à une capitulation sans condition des puissances de l’Axe. Anfa redonna enfin un immense espoir aux populations de l’Europe occupée.Sur le plan militaire, des décisions secrètes furent prises, préparées par les états-majors américain et britannique :- invasion prochaine de la Sicile ;- invasion de l’Europe au printemps 1944 avec choix des plages de débarquement en Normandie (les plans furent préparés à la villa Mirador où habitait Churchill) ;- Promesse écrite de Roosevelt de fournir à l’Afrique du Nord l’armement et l’équipement de 3 divisions blindées, 8 divisions motorisées, 500 avions de chasse, 300 bombardiers et 200 avions de transport. Un premier échelon livrable (et livré) en avril 1943 commenterait l’équipement de 2 régiments blindés, de 3 régiments de reconnaissanc , de 3 divisions motorisées, de 3 bataillons de chasseurs anti-chars.Sur le plan diplomatique , la rencontre du Sultan du Maroc, Sidi Mohammed Ben Youssef, de Roosevelt et de Churchill fut historique. Elle concrétisait clairement la charte de l’Atlantique et les espoirs de la marche vers l’indépendance du peuple marocain. Pour la première fois depuis 1912, le Souverain du Maroc parlementait directement avec le chef de l’Amérique , l’Etat le plus puissant du monde. Le vendredi 22 janvier 1943, dans sa ville de Dar-es-Saâda, Roosevelt reçut deux fois le Souverain, d’abord dans une entrevue en tête-à-tête, ensuite dans un dîner officiel où se trouvait S.M. Hassan II, alors jeune prince de quatorze ans. Plus tard, le prince confia à l’écrivain Georges Vaucher : "Ce fut mon premier secret d’Etat. C’était un vendredi , Mon père m’a emmené avec lui à trois heures de l’après-midi , soi-disant pour aller inaugurer une école à Casablanca. Nous sommes partis seuls en auto. Je n’ai pas assisté à l’entretien qu’il a eu avec Roosevelt. Mais je fus invité, le soir, au dîner officiel auquel assistait aussi Churchill. L’entretien confidentiel que le Sultan a eu avec le président Roosevelt fut très important. Ils purent parler à cœur ouvert. Si Roosevelt n’était pas décédé prématurément, il aurait joué un grand rôle dans l’émancipation du Maroc et de tout le continent africain".Au dîner officiel, Sidi Mohammed Ben Youssef, invité d’honneur du Président Roosevelt, était à la droite de celui-ci. Le jeune Prince Hassan entrait pour la première fois dans le monde des chefs de la diplomatie internationale. Il était accompagné du Grand Vizir El Moqri, un dignitaire déjà monagénaire, et de Si Maâmri, le chef du protocole. Winston Churchill était là, ainsi que le grand chef des armées américaines, le général Marshall, et le général Patton, chef du débarquement au Maroc. Robert Murphy, représentant personnel du président américain pour l’Afrique du Nord, et le fils de Roosevelt, étaient au nombre des convives. Les collaborateurs de Roosevelt et de Churchill participaient à ce repas : Harry Hopkins, conseiller privé du Président américain, le capitaine de vaisseau John D. McRea, attaché naval de la Maison Blanche et Harold Macmillan. Le général Noguès, encore résident de la France, était invité.
Le débarquement américain au Maroc (8-10 novembre 1942) : "l’opération Torch" Le corps expéditionnaire américain au Maroc, la Westerne Task Force, quitta Hampton Roads le 23 octobre avec les troupes ; le groupe de protection sortit le 24 de Gasco Bay, près de Portiand, et les cinq porte-avions de l’Air group quittèrent les Bermudes le 25. Une centaine de navires environ se rassembla le 28 avec 35.000 hommes.Les ravitaillements commencèrent fin octobre. La route suivie fut celle de Dakar pour éviter les sous-marins allemands des îles Açores. Elle fut suivie jusqu’au 2 novembre, puis changement de cap à 90°. Second ravitaillement le 6. Le convoi s’étirait sur 80 miles de long, 20 de large. Le Massachussetts ouvrait le convoi, suivi par le croiseur Augusta, le gros du convoi avec les transports, les porte-avions, en arrière-garde, les destroyers de protection sur les flancs, à hauteur du cap Blanc (près de Nouadhibou en Mauritanie), le temps se gâta. L’amiral Hewit se demanda s’il ne devait pas franchir le détroit de Gibraltar et débarquer les troupes à l’ouest de l’Algérie, à Nemours, actuellement Ghazaouet, tout près de la frontière marocaine. L’état-major d’Hewitt prédit une amélioration du temps locale.L’ordre de dispersion des navires fut lancé et ceux-ci se dirigèrent vers Safi, Fédala (Mohammédia) et Mehdia.La nuit du 7 au 8 novembre était d’un noir épais. La flotte américaine arriva à 23h 53 devant Fédala et à minuit à Mehdia, à l’estuaire de l’Oued Sebou.L’amiral Hewitt était à bord au croiseur Augusta. Il avait à son bord le général George Patton junior, le commandant en chef des forces américaines de débarquement.Devant Safi se trouvait le général Ernest Harmon, à la tête d’un corps américain de 6.500 hommes. Il ignorait qu’à 3h20 du matin l’armée française de Safi avait été mise en état d’alerte contre un éventuel débarquement. La nuit était si noire que l’opération de mise à l’eau des péniches de débarquement (les L.C.P., langing craft personnal ; les L.C.A., landing craft assault) s’avérait si compliquée que l’heure du débarquement fut retardée à 4h38. Sept minutes plus tard, le premier soldat américain atteignait le port de Safi. Les nouveaux venus furent entourés par une foule de pêcheurs marocains venus assister sans crainte à un "match" entre soldats américains et français. Douze Marocains à l’air grave se réunissaient autour d’un soldat américain qui mettait péniblement sa mitrailleuse, en batterie. Les Marocains suivaient les rafales des tirs entre belligérants en tournant la tête de droite et de gauche sans se soucier du danger. Si des Américains étaient touchés, il lançaient des quolibets et encourageaient les blessés.Très vite les points stratégiques importants (gares, portes, nœuds routiers) étaient tenus par les Américains, à l’exception de l’aérodrome. Le général Harmon peut débarquer ses blindés sur les quais, ainsi que la totalité de ses hommes et une réserve d’essence. Le lendemain 9 novembre, les chars américains s’élançaient sur les routes en direction de Casablanca L’aérodrome fut occupé après le cessez-le-feu officiel du 10 novembre au soir.Le débarquement du nord eut lieu à Bouknadel (plage des Nations). A minuit, le vieux cuirassé Texas, le croiseur léger Savannah, 2 porte-avions, 3 destroyers, 4 escorteurs, 8 transporteurs se trouvaient avec 9.000 hommes à l’embouchure du Sebou. Les navires étaient à cinq kilomètres de la côte. Marins et hommes de troupe voyaient briller les lumières de Mehdia. Malheureusement, les courants déportèrent les uns des autres. L’heure du débarquement dut être retardée à 4h30. A cette heure là, l’ordre donné par le général Bethouart aux batteries côtières de ne pas tirer cessa d’être en vigueur. Si les Américains avaient débarqué à 4 heures, les canons seraient restés silencieux et les militaires français auraient apporté leur aide aux Américains. Trois mille soldats marocains et français étaient installés sur les hauteurs, à l’abri de la boucle du Sebou, protégés par des marécages et bientôt aidés par une cinquantaine de voitures blindées venues de Rabat. Les avions américains Wildcat détruisirent au sol une partie des avions français. Un certain nombre d’appareils prirent l’air et infligèrent des pertes aux Américains. Les combats durèrent trois jours, et les pertes furent sévères dans les deux camps : 88 soldats américains et des pertes sensibles chez les tirailleurs marocains. Il fallait déplorer la mort du colonel américain Craw, porteur d’une lettre du chef des forces américaines, le général de division Truscott, destinée au chef des forces de Kénitra. Il put entrer en ville, passer un premier barrage qui indiqua la direction du quartier général de Kénitra. La jeep portait un drapeau blanc. Malheureusement, la jeep, parvenue à un carrefour, fut prise sous le feu d’un mitrailleur marocain et les négociations n’eurent pas lieu.A Fédala, le croiseur Augusta, le Brooklyn, 4 destroyers, 11 escorteurs, 15 transports avaient jeté l’encre à 14 miles, et pendant les éclaircies, entre les averses d’une pluie battante, les navires apercevaient les lumières de la ville. 19.000 hommes attendaient le moment de débarquer. Parmi eux, des hommes habitués à la mer, des marins venus de la marine marchande, aussi des terriens, véritables novices, qui voyaient la mer pour la première fois. Le général Bethouart avait averti le chef militaire français de Fédala. Ce dernier attendit en vain le débarquement prévu à 2 heures.Ne voyant rien venir, il fit rentrer ses unités à la caserne, et de toutes les opérations de débarquement, celle de Fédala fut la plus facile, mais aussi la plus décevante. Les soldats grognaient et ne voulurent pas descendre dans les filets jetés le long des parois des navires. Beaucoup, lourdement chargés, s’étaient empêtrés dans les mailles, avaient glissé et s’étaient noyés. L’heure du débarquement se trouva retardée. Les bateaux pilotes envoyés en éclaireurs revinrent. Ils n’étaient plus là quand les premiers chalands de débarquement arrivèrent. A 4h15, les péniches commencèrent leurs navettes d’un quart d’heure entre les transports de troupes et la plage. Selon les modèles, ces types d’embarcations blindées transportaient une cinquantaine d’hommes, parfois le double ou le triple. Elles étaient munies d’un moteur à l’arrière et d’un pont-levis à l’avant. Par suite d’erreurs techniques, ces unités légères s’embourbèrent, se brisèrent sur les roches. Au lever du soleil, 162 péniches gisaient sur la plage de Fédala et n’étaient plus que des épaves inutiles. Les autres, qui avaient réussit leur abordage, étaient très éloignées les unes des autres. Le regroupement des hommes s’averait difficile. Aucune troupe marocaine nétait postée sur les dunes. Toutes étaient reparties à leurs casernes.Des soldats américains de la 3ème division foncèrent et arrivèrent à la villa du Prince Murat qu’il réveillèrent, et ils arrachèrent les dormeurs à leur sommeils et les firent prisonniers en pyjamas. Ils les dirigèrent sur les Etats-Unis.Peu après 6 heures, le jour se leva. Les batteries côtières de Pont-Blondin commencèrent à tirer avec leurs canons de 190 mm. A 6 h 30, les destroyers américains ripostèrent, puis le Brooklyn. Au moment des premiers tirs, les Américains avaient déjà perdu trois centaines d’hommes (par noyade). Les canons de Pont-Blondin étaient mal protégés. Ils furent pulvérisés par les obus américains, comme les cabanons et, leurs notes venus passer la fin de semaine. Auparavant une des batteries tira sur un destroyer qui dut s’écarter, un obus dans sa chaudière. Le temps était beau, un peu brumeux, la houle pas trop forte. Le croiseur Brooklyn tira 757 salves d’obus de 150 mm, jusqu’à 7h42, puis commença un tir roulant sur la batterie d’El Hank. Plus tard, on sut que l’officier de marine qui commandait les batteries côtières était entré en communication avec le commandement américain pour abandonner ses positions.A 7 heures, les avions du porte-avions Ranger s’apprêtèrent à s’envoler. Dix minutes après le lever du soleil, à 8 h 04, 18 bombardiers lancèrent leurs premières bombes sur le port de Casablanca et coulèrent 3 sous-marins, panneaux ouverts : l’Oréade, le Psychée et l’Amphitrite. Une pluie de bombe tomba sur la grande jetée et sur le Jean-Bart, un grand cuirassé de 33.000 tonnes, proie facile, à l’amarrage et aisément repérable des hautes tours des silos à grains dressées au-dessus des quais. Trois autres navires de passagers venus de Dakar étaient atteints. Deux pétroliers étaient par hasard évités. S’ils avaient été touchés, ils auraient pu détruire le port tout entier. Des navires en réparation étaient touchés. La batterie d’El Hank répondait toujours. Le Wichita, le Tuscaloosa, le Massachusetts ouvrirent le feu sur le Jean-Bart. Des bombardiers Douglas Dauntless attaquèrent le Jean-Beart en piqué depuis 8h07, le Jean-Bart avait tiré deux salves de 380 mm, mais la visibilité était mauvaise : la brume, la fumée des navires voisins dont les marins poussaient les feux le gênaient.Lui-même fut atteint au bout de 21 minutes de tir. Le port était un véritable chaos.A 9 heures, la 2ème escadre de petits torpilleurs sortit du port à 18 nœuds. Elle était dirigée par l’amiral Gervais de Lafond. "Les 7 navires étaient condamnés". Les Français lancèrent des opérations suicides. Le feu des navires, les tirs des avions du Ranger se concentrèrent. A 10 h 40, le Fougueux fut détruit par les grosses pièces du Massachusetts (406 mm) et du Tascaloosa. Il sombra sans s’arrêter de tirer. A 11 h, le Milan, son avant défoncé par un obus de 406, dériva et s’échoua. Gervais de Lafond transféra sa marque sur le croiseur Primauguet. A midi, le Boulonnais fut massacré par des bordées avec une gîte de 20° et coula au port dans la journée, comme le frondeur. L’Albatros fut touché par un 406 à l’avant.Atteint aussi à l’arrière, il se traîna au port et chavira dans la nuit. L’Albatros avait tiré 450 salves. L’après-midi, le Primauguet était hors de combat, avec 90 morts et 200 blessés. Des cinq sous-marins, le Sibylle ne donna plus signe de vie. Le Sidi Ferruch s’échappa avec 3 officiers et 63 hommes à bord. Repéré le 13 novembre à hauteur de Dakhla (après le cessez-le-feu), il était coulé par les bombes d’un avion en tentant d’atteindre Dakar. La Méduse sortit de la passe du port à 5 ou 6 nœuds, en plongée, lança 3 torpilles contre le Massachusetts qui les évita d’un coup de barre. Auparavant, l’équipage avait entendu des chocs sur la coque : c’était les coups de 406 mm tirés par ce gros cuirassé. Pris en chasse par des torpilleurs américains, il fut grenadé. Il s’échappa, revint à El Hank, fit surface vers midi, demanda des ordres en signaux. Les écoutilles étaient ouvertes. Brusquement, les chasseurs américains attaquèrent en piqué à balles traçantes de 12,7. Trois hommes furent blessés : un officier par éclats au ventre, deux par balles à l’épaule. Des coups indiquaient que la coque était crevée. Les voies d’eau furent bouchées dans les ballasts. La Méduse plongea et se dirigea vers Safi. Elle eut des difficultés pour faire surface. Elle piquait du nez ou plongeait à l’arrière. Elle débarqua les trois blessés à Safi.A nouveau attaquée par des avions américains, elle parti vers Jorf Lasfar où elle se trouve toujours et où on l’aperçoit à marée basse près du Cap Blanc. Les blessés furent évacués.Le sous-marin qui était en réparation au dock flottant sortit du port le 8 novembre sans périscope. Il fut coulé par les avions américains. Le Tonnant essaya de couleur le porte-avions Ranger puis se dirigea vers Cadix où il se saborda le 15 novembre.L’Alcyon fut le seul bâtiment qui survécut.L’amiral Hewitt fut atterré lorsqu’il se rendit compte qu’il avait tiré les trois quarts de ses obus de 406 sur quelques torpilleurs et, sans lui causer aucun mal, sur la batterie d’El Hank.Une seule unité résistait toujours, le Jean-Bart, dont la tourelle avait été bloquée. Le navire, grâce à un industriel, put réparer mais laissa ses canons immobiles.Le 10 novembre à 12h20, l’Augusta s’approcha. Dix minutes plus tard, il était à 17 kilomètres (le Jean-Bart pouvait tirer à 25 et même 30 kilomètres), mais les premiers tirs furent gênés par une grue géante située à proximité. La 5ème salve frisa l’avant de l’Augusta où se trouvaient l’amiral Hewitt, le général Paton , deux contre-amiraux, un général, des journalistes. L’amiral Hewitt fut aspergé par une énorme gerbe d’eau jaunâtre et dut aller se changer. Furieux, il donna l’ordre de détruire de "foutu navire jaune". Vers 15h30, pilonné par des bombes de mille livres qui traversèrent au rouge sa plage arrière, largement échancré à l’avant par une déchirure, le navire se posa sur le fond du port. 19 marins étaient tués, 42 blessés. L’ensemble des opérations navales avait coûté 462 morts (selon d’autres estimations, 803) et 640 blessés (plus de 1.000). Les différences disparaissent si l’on ajoute les civils à la marine de guerre.Si l’on compte les victimes terrestres et navales, le bilan s’élève à 3.000 morts, dont 2.000 chez les Français. La population civile de Casablanca fut épargnée de justesse. Les Américains étaient déjà prêts à bombarder et raser en partie la ville. Mais une tempête menaçait, des sous-marins allemands s’ameutaient. Le général Eisenhower adressait des messages codés qui n’étaient pas reçus (le code de Patton était resté dans la cale d’un des navires). Eisenhower envoya un avion avec un message. L’avion fut abattu. Finalement, les Américains de Kénitra avertirent l’amiral Hewitt, et le chef de Kénitra, Truscott, sauva la ville de Casablanca de justesse. La veille au soir, le général Noguès avait ordonné le cessez-le-feu que lui avait ordonné l’amiral Darlan. De Vichy, un ordre calculé de l’amiral Auphan avait demandé à l’amiral Michelier de tenir jusqu’à la limite de ses possibilités. Les Français avaient perdu 170 avions et la totalité de leurs navires.
La campagne de TunisieLe Maroc entrait à nouveau et réellement dans la guerre mondiale. Comme en 1918, les soldats marocains se retrouvèrent aux côtés des Alliés : Américains, Anglais et Français. La lutte fut dure, longue et désastreuse pour les Allemands et les Italiens. Les premiers combats commencèrent le 19 novembre 1942, onze jours après le débarquement allié au Maroc et en Algérie. Les opérations se terminèrent le 13 mai 1943, après l’entrée des Alliés à Tunis.Les troupes marocaines s’élevèrent à 35.000 hommes. Elles représentèrent la moitié des effectifs venus du Maroc, d’Algérie et de Tunisie et engagés au feu. Ces unités étaient sous-équipées : comme en 1940, elles marchaient à pied : les canons étaient tirés par des chevaux. Le matériel faisait cruellement défaut. Sans camions, sans chars, sans artillerie puissante, sans détecteurs de mines, les troupes marocaines furent appréciées par leur courage, leur allant et leur ténacité.La Tunisie devient un champ de bataille. Le général américain Eisenhower avait préparé et conçu le plan "Torch" de l’invasion alliée de l’Afrique du Nord. Il avait volontairement limité les opérations au Maroc et à l’Algérie. Il n’avait pas voulu écouter les propositions anglaises qui avaient conseillé un débarquement en Tunisie. Les aérodromes de Sicile, proches de 140 km, auraient donné trop beau jeu aux aviateurs allemands et italiens. Les pertes alliées en hommes et en matériel auraient été trop élevées, estimait-il : au moins trois gros bâtiments de guerre, dont un porte-avions.Einsenhower écarta aussi le projet de l’amiral anglais Lyster qui avait prévu, en plus d’un débarquement en Tunisie, l’envoi de Malte à Tunis de 5.000 hommes, suivis de nombreux autres bombardiers remplis de soldats. Les idées du Britannique avaient pourtant paru justes à l’état-major américain. Le général Einsenhower, prudent, écarta de telles ambitions.Ne risquait-il pas des contre-attaques allemandes sur ses convois en Atlantique ou une attaque brusque à travers l’Espagne en direction de Gibraltar et du nord du Maroc ? Il jugeait par ailleurs le succès des débarquements au Maroc et en Tunisie trop aléatoire, les effectifs engagés trop faibles (105.000 hommes) pour être étirés de Safi à Tunis, sur 1800 km.Le 8 novembre 1942, les Américains débarquèrent à Oran et Alger, les parachutistes anglais sautèrent à Bougie (aujourd’hui Bejaya) et Bône (Annaba) les 10 et 11 novembre. Les premiers navires qui avaient déchargé renforts et armements furent bombardés par l’aviation allemande. L’aéroport de Bône ne fut occupé que le 12 novembre. les blindés de la 1ère armée britannique apparurent en Tunisie le 18 pour établir leur jonction avec les forces françaises à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Tunis, à Medjez el-Bab. Le 19 novembre, les premiers coups de feu arrêtaient la progression allemande. Le 25 novembre, les chars moyens anglais et américains, venant d’Algérie, attaquaient les Allemands au sud de Bizerte. Leur attaque sur Tunis échoua. Elle intervenait trop tard. Les Allemands avaient eu le temps d’organiser une solide tête de pont autour de Tunis et de Bizerte.Les Allemands avaient réagi dès le lendemain du débarquement allié au Maroc et en Algérie. L’après-midi du 9 novembre, 100 avions allemands s’étaient posés sur l’aérodrome de Tunis ; 30 junkers avaient déjà bombardé Alger. Le 10 novembre, 150 gros avions de transport étaient arrivés avec un renfort de 12.000 hommes. le 12, deux bataillons allemands et italiens avaient débarqué à Bizerte.Les soldats tunisiens et français, zouaves, tirailleurs ou spahis, s’élevaient à peine à 7.000 hommes. Ils évacuèrent les grandes villes du littoral pour occuper des positions défensives dans les régions montagneuses qui dominaient les grands axes de communication vers l’Algérie. A la mi-novembre, des renforts algériens arrivèrent de Constantine. 20.000 hommes tenaient alors un front de 400 km, selon une ligne parallèle à la frontière algérienne. Le matériel caché par les Français depuis 1940 surgissait comme par enchantement : locomotives, wagons, camions quittaient le littoral pour partir vers l’ouest. Mitrailleuses, canons antichars et même des avions - de modèle bien périmé - se trouvaient maintenant au front. Les Allemands gardaient provisoirement la maîtrise de l’air. Les terrains d’aviation utilisés par les Alliés étaient encore situés à 500 km, hors de portée efficace. Les opérations étaient gênées par l’absence de communications de direction ouest-est, les pistes se transformaient en bourbiers dès les premières pluies.Début décembre, les troupes marocaines s’installèrent dans les régions boisées et montagneuses de la Tunisie centrale. Le 7è régiment de tirailleurs marocains arrivait le premier, de Meknès et de Midelt, bientôt suivi par six autres régiments de Fès et de Taza et par six goums. Le 20 décembre, le 7e RTM et les tabors attaquèrent dans les maquis au nord de Kairouan, au sud-ouest de Zaghouan, dans les secteurs des monts Fkirine et Chirich. Malgré un appui de canons anti-chars britanniques, l’absence de blindés compromit l’effort de l’attaque. Au bout de deux jours, les troupes durent revenir à leur point de départ. La pluie, la boue génaient les opérations. L’attaque reprit le 27 décembre avec l’appui de chars légers américains. Les gains de terrain, sensibles le premier jour, s’amenuisèrent. Le 28, des chars allemands lourds contre-attaquaient avec violence. Les lignes marocaines s’accrochaient sur les hauteurs qui permettaient de dominer et d’observer la plaine côtière, fort étroite, de Sousse à Kairouan. Dès la nuit du 28 au 29 décembre, les Marocains tenaient les cols qui menaient à Kairouan, ils recevaient en renfort six régiments de tirailleurs venus de Fès et de Taza, quatre tabors et quinze goums, le 2è corps d’armée américain s’installait à Constantine, le maréchal Rommel comprit alors la menace qui pesait sur ses communications à l’arrière.
Le maréchal Rommel pris entre deux feux Depuis le 4 novembre, date de la victoire britannique d’El Alamein, Rommel et l’Afrika Korps avaient reculé à travers le désert et les vents de sable pendant plus de 2.000 km. Le général Montgomery l’avait poursuivi sans relâche, sauf lorsque la pluie avait ralenti la poursuite de la 8è armée britannique. Le général français Leclerc, avec des troupes du Tchad, entrait au cœur de la Libye, dans le Fezzan. Les Allemands et les Italiens donnaient des signes évidents d’usure. Rommel était pris dans un étau entre les deux branches d’une gigantesque tenaille qui risquait de le broyer : la 8è armée à l’est était forte de 220.000 hommes. A l’ouest le général Eisenhower était en train de mettre en place une force comparable. Le 5è corps britannique, les 40.000 Marocains, Algériens, Tunisiens et Français luttaient déjà sur le sol tunisien. Une partie seulement du 2è corps d’armée américain était à pied d’œuvre. La mise en place de ces 150.000 hommes serait terminée pour la fin janvier. Le général Eisenhower avait prévu les derniers jours de janvier pour le déclenchement d’une puissante offensive.Le maréchal Rommel ne lui en laissa pas le temps, il préféra prévenir plutôt que subir un tel assaut. L’enjeu était pour lui trop grave. Ses communications avec la tête de pont de Tunis et de Bizerte risquaient d’être interrompues par les Alliés. Il organisa une attaque de grand style qui portait bien sa marque. Après une série de cinq contre-attaques du 18 au 27 décembre, à l’ouest de Kairouan, contre les secteurs marocain et algérien, il se décida à reprendre à tout prix les portes d’accès à Kairouan : Le 3 janvier il lança un violent bombardement aérien, puis une nouvelle attaque avec des moyens modernes importants. Un bataillon entier se sacrifia. Rommel put s’emparer d’un des accès montagneux vers la capitale religieuse de la Tunisie. Il avait cependant perdu tous les sommets de Tunisie centrale, tenus par les troupes marocaines. En grande hâte, il transporta, dans la région de Zaghouan - entre Tunis et Kairouan - la 10è Panzer (une unité blindée très aguerrie, en lutte depuis le 10 mai 1940), quatre bataillons, une division d’infanterie, des parachutistes, des chars Panther de 52 tonnes d’un type tout nouveau, encore jamais apparus en Afrique. L’attaque commença le 18 janvier à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Zaghouan. Elle se poursuivit dans la nuit du 18 au 19, et les chars profitèrent de la pleine lune pour continuer leur avance. Les canons de 75 étaient inefficaces contre les blindages des chars. Les troupes marocaines encerclées, pilonnées dans la plaine, se dégagèrent par les montagnes. Elles se replièrent avec de lourdes pertes, à 20 kilomètres au sud sur le Jbel Bargou, sans oublier d’emmener les prisonniers des opérations précédentes, les goumiers formèrent pourtant des bouchons pour freiner l’avance allemande vers la cuvette de la plaine d’Ousseltia, proche de Kairouan.Dans la nuit du 20 au 21 janvier, les Allemands contournèrent les points de résistance marocains. Une contre-attaque de chars américains, du 21 au 26 janvier, permit de reconquérir le terrain perdu. Les forces éprouvées mais sauvées par la contre-attaque réussie du général américain Robinett.Rommel ne s’estimait pas satisfait. Il avait pu dégager les communications de Tunis à Sousse. Il avait légèrement débordé au sud la ligne de chemin de fer de Tunis à Constantine. Surtout, il avait pu faire sa jonction, le 26 janvier, avec les renforts allemands récemment débarqués en Tunisie. Cependant, une menace grave pesait au sud : les liaisons littorales vers le Sud tunisien, vers Sfax et Gabes, risquaient d’être coupées par les Alliés. L’Afrika Korps perdait définitivement la Libye, devenue le second cimetière de l’armée allemande après Stalingrad. Le désert libyen, dans ses immensités calcinées, gardait 15.000, 20.000 cadavres momifiés de ces jeunes Allemands de moins de trente-cinq ans qui, après les tourments des tempêtes de sable et les tortures de la soif, avaient perdu la vie, épuisés dans des combats farouches. Les généraux anglais et français, Montgomery et Leclerc, s’étaient rejoints à Tripoli le 25 janvier. L’un arrivait de l’est, l’autre du sud, du Tchad par les oasis du Fezzan. Le 30 janvier, les troupes de Leclerc atteignaient la frontière tunisienne et établissaient le contact avec les unités algériennes. Rommel sentait le filet se resserrer autour de lui.Le même jour, à 100 km à l’ouest de Sfax, il lança un coup de boutoir audacieux avec 80 chars vers le col de Faid. Des chars de l’Afrika Korps assaillirent les défenseurs du col qui tinrent trente-six heures jusqu’à l’épuisement de leurs munitions. Des blindés américains, à 50 km de là, ne purent leur porter secours, eux-mêmes cloués au sol par le feu des Panthers. Ces unités américaines récemment arrivées en Tunisie recevaient le baptême du feu. Elles reculèrent et abandonnèrent une partie de leur matériel. Le 15 février, Rommel avait la voie libre pour foncer vers l’Algérie, vers Constantine. Le 17 février, il avait réduit, à néant trois mois d’efforts. Le 20 février, il s’était emparé du col Chambi sur les flancs du plus haut sommet tunisien. Le 21 et le 22 février ses blindés approchaient de la frontière algérienne: la situation était critique. Les forces de Rommel dépassaient Kasserine, menaçaient Constantine et risquaient de prendre à revers tout le front central allié. A l’aube du 23, un bombardement massif de l’aviation alliée brisa l’attaque de Rommel. Les terrains d’aviation alliés étaient maintenant plus proches, à Constantine et à Sétif. Les Allemands refluèrent vers le Sud tunisien, vers Gafsa d’abord, vers l’est et la côte ensuite. Ils détruisaient les points, semaient des champs de mines, mais il étaient vigoureusement talonnés par les troupes alliées. Ils ne purent empêcher le retour des troupes marocaines dès le 5 mars sur les hauteurs qui dominaient la plaine d’Ousseltia, à l’ouest de Kairouan. Le front retrouvait les positions du début janvier 1943.Rommel avait gagné deux mois en Tunisie centrale. Par contre, il se sentait menacé dans le Sud tunisien, à 45 km au sud de Gabès. Là, les Français avaient installé en 1940 une ligne de fortifications à Mareth, entre les monts des Ksours et le littoral, à hauteur de l’île de Djerba. Rommel l’avait occupée dès le 20 janvier. Il craignait d’être tourné par la 8ème armée britannique qui se mettait en place devant lui, le long de la ligne de Mareth. Rommel attaqua les Britanniques et perdit, ce jour-là, une soixantaine de chars. Il se cramponna sur la ligne de Mareth jusqu’à la fin mai.
La marche victorieuse vers TunisLes alliés ont alors une totale maîtrise de l’air. A la mi-mars, les corps francs d’Afrique, les commandos et les Britanniques menacent Bizerte et Tunis par l’Ouest. Au centre, les Marocains tiennent les montagnes, les vallées et les cols qui permettent l’irruption dans les plaines littorales. Au sud, le 2ème corps d’armée américain s’installe à Gafsa. Les Français sous le général Leclerc occupent le Sud tunisien. La 8ème armée britannique se masse devant la ligne de Mareth.Désormais, les Alliés avancent partout malgré une résistance allemande farouche. Les Allemands reculent et subissent des pertes sérieuses en tués, prisonniers et matériel. Le 28 mars, la ligne de Mareth tombe devant les attaques de la 8ème armée britannique. Montgomery entre à Gabès le 19 mars et Sfax le 10 avril. Il est en contact constant avec le 2ème corps d’armée américain qui a débouché à l’ouest dans la plaine. Le même jour, les tabors marocains sont à 25 km de Kairouan qu’ils atteignent le 12 avril : Les Allemands ont perdu 1.100 prisonniers, des cannons, des mitrailleuses, des mortiers et laissé 500 des leurs sur le terrain. Le même jour les patrouilles anglaises arrivent à Sousse.Les tirailleurs marocains du 7è RTM étaient situés plus au nord, harcelés par l’artillerie allemande, gênés par les champs de mines. Une montagne n’était pas plutôt conquise que les tirailleurs étaient bombardés violemment, contre-attaqués et rejetés en bas le surlendemain.Désormais, 200.000 Allemands et Italiens sont encerclés dans la tête de pont de Tunis et de Bizerte. L’assaut final du 5 mai consomme définitivement la défaite de l’Axe, au nord de l’Afrique.Après un long bombardement d’artillerie, l’attaque finale est donnée par tous les Alliés, le 6 mai. Les trois lignes de défenses sont emportées. L’attaque décisive est menée de Medjez el Bab par les Anglais dix-sept jours plus tôt, ces derniers avaient eu à subir une redoutable offensive de la division Hermann Goering, qu’ils avaient perdu 33 chars sur le terrain, dont 3 "Tigre Mark VI" de 65 tonnes. Les Anglais avaient été à la peine. Ils furent à l’honneur et entrèrent les premiers à Tunis le 7 mai. Le lendemain, les Américains pénétrèrent dans Bizerte où ils avaient été précédés par les tabors et les corps francs d’Afrique. 4 divisions allemandes déposèrent les armes : parmi elles la 10è et la 15è Panzer, en guerre depuis mai 1940, et la division d’élite Hermann Goering. En plus des 250.000 prisonniers, 827.000 hommes étaient hors de combat, un matériel énorme était récupéré. A Tunis, les Marocains défilèrent victorieusement avec les Anglais, les Américains et les Français devant le général Eisenhower et le général Giraud, qui pouvaient recueillir les fruits des espoirs qu’ils avaient nourris à la conférence d’Anfa, quatre mois plus tôt. L’Allemagne avait laissé passer son heure en Méditerranée. L’assaut de la forteresse Europe par son côté sud, la Sicile, la Corse et l’Italie, était désormais possible.
Les conséquences de nos actions sont des épouvantails pour les lâches, et des rayons de lumière pour les sages.
Campagnes de Sicile et de Corse Pour permettre aux Alliés de s’installer au cœur de la Méditerranée, la campagne de Sicile avait été décidée à la conférence d’Anfa en janvier 1943. Elle débuta le 10 juillet suivant et dura dix semaines. Elle fut dirigée par le maréchal anglais Alexander qui avait sous ses ordres le général Patton, chef de la 7è armée britannique. Le débarquement commença au sud de l’île. Patton devait libérer la moitié ouest de l’île et Montgomery la partie est. Le général Patton avait demandé la couverture des mouvements de ses blindés par l’intervention rapide des goumiers marocains dans les régions montagneuses. La Sicile, en effet, présentait des reliefs de 1.000 à 1.500 mètres d’altitudes dans son secteur. Le 4è groupement de tabors marocains débarqua à Licata, à l’est d’Argrigente, avec les 66è, 67è et 68è goums. Il participa aux combats d’Agrigente. Les goumiers bondirent comme des gazelles et parcoururent à pied, en montagne, 120 km en quatre jours pour atteindre Palerme le 22 juillet.Montgomery n’avait pas de troupes de montagne et piétinait à Catane ; il se heurtait à une forte résistance allemande sur l’Etna, ce volcan de 3.000 mètres d’altitude. Patton intervint pour conquérir le nord de l’île et prendre l’Etna à revers. Les goums marocains, transportés en camions de Palerme à Pétralia, à mi-chemin entre Palerme et Messine, dans les montagnes de l’intérieur, réussirent la prise de trois sommets : le Campanito de 1500 mètres d’altitude, le Coniglio de 1.100 mètres et l’Acuto où les goumiers subirent des pertes fort sévères. Troina tomba le 3 août, les goumiers marocains suivirent les crêtes des monts Nebrodes au nord-ouest de l’Etna et parvinrent à Randazzo au nord du volcan. Pendant cette progression, Patton suivait la côte de la Sicile et parvenait à Messine le 17 août 1943.La campagne de Corse fut menée plus rondement encore : en trois semaines, au lieu de six en Sicile. L’île fut occupée du 13 septembre au 4 octobre 1943, 30.000 Allemands, 80.000 Italiens furent bousculés par la 4è division marocaine de montagne (4è DMM), le 2è groupement de tabors marocains et deux bataillons de choc, l’un américain, l’autre français.Les troupes débarquèrent près d’Ajaccio. Les Allemands tenaient les îles Sanguinaires près du port et se retirèrent vers le sud par voie maritime. Les Italiens se rallièrent, tandis que les Allemands, qui tenaient les trois aérodromes d’Ajaccio, de Bastia et d’Aleria, se regroupaient sur la côte orientale de l’île. Le 1er régiment de tirailleurs remonta la vallée de la Gravone et put atteindre le cœur de l’île à la grande surprise des Allemands. Les tirailleurs, grâce à un train muletier de plusieurs milliers de bêtes, traversèrent des terrains jugés par eux impraticables. Ils purent atteindre Corte, Bastia et le cap Corse, précédés par les goumiers, les spahis et les commandos. Le bataillon de choc français de l’île, opéra surtout dans le centre et dans le sud de l’île jusqu’à Bonifacio. Il remonta ensuite la côte orientale. Les Allemands, acculés dans les grandes villes de la côtes orientale, à Porto Vechio, Aleria, Bastia et le cap Corse, s’enfuirent par mer en direction de l’Italie.Les troupes marocaines avaient confirmé avec éclat leur haute combativité par les campagnes successives de Tunisie, de Sicile et de Corse. Cependant, ce fut en Italie que les tirailleurs et les goumiers marocains forcèrent le respect du monde entier. Leur courage, leur vaillance, leur endurance furent unanimement reconnus. Dans les combats d’Italie centrale, à 1.000 et 2400 mètres d’altitude, par un hiver particulièrement rigoureux - parfois par 30 degrés - les tirailleurs marocains s’imposèrent à des unités allemandes d’élite : des chasseurs alpins autrichiens ou des régiments ramenés de Russie, du front de Leningrad, qui avaient été spécialement entraînés à la guerre en haute altitude.
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La campagne d’ItalieLe 4 juin 1944, deux jours avant le débarquement allié en Normandie, à l’ouest de la France, l’entrée des Alliés à Rome permit de recueillir les fruits d’une victoire chèrement payée pendant l’hiver et au printemps, au nord et au sud de Monte Cassino. Ce lieu célèbre n’avait pas été choisi par l’état-major allemand pour la renommée de son monastère vieux de quinze siècles, mais parce que les massifs montagneux d’Italie centrale constituaient une forteresse naturelle formidable. A 80 km au nord-ouest de Naples, les Allemands avaient établi une solide ligne de défense au nord et au sud de Cassino, sur toute une largeur de la péninsule italienne. La ligne Gustav était constituée par une série de blockhaus. Elle s’étirait de la mer Tyrrhénienne à la mer Adriatique et utilisait les sommets des Abruzzes et des Apennins comme un véritable rempart. Les plaines littorales, la trouée de Cassino, parallèles à l’axe montagneux, permettaient des communications du sud vers le nord. Les Allemands avaient miné toutes ces voies d’accès. Les pluies torrentielles inondèrent sous 1,5 m d’eau la plaine située à l’est de Cassino qui devint impraticable. Le torrent qui drainait l’eau des sommets vers Cassino était le Rapido, qui, à partir de Cassino, était rejoint par un affluent et devenait ainsi le Garigliano, un profond fossé naturel qui interdisait toute progression des chars vers l’ouest.C’est là, au nord et au sud de Cassino, que les troupes marocaines furent engagées : en hiver au nord, puis au printemps au sud. Ici une remarque est à préciser : la légende veut que les combats pour la route de Rome aient eu lieu à Cassino. C’est vrai pour les Américains, les Polonais, les Néo-Zélandais, les Indiens et les Allemands. Mais jamais les troupes marocaines n’ont combattu à Cassino. Elles ont été engagées à 20 km au nord, pendant l’hiver 1943-1944, et à 20 km au sud pour la grande bataille décisive du Garigliano, le 11 mai 1944. Une fois encore la légende risquera-t-elle de l’emporter sur l’histoire ?
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Au front, ou la vie en première ligneEn mouvement, les tirailleurs marchaient très vite malgré leur lourd chargement. Ils portaient capote et pantalon de drap, chemise de laine, la poitrine bardée de deux chapelets de 180 cartouches. A des courroies, à des lanières qui sciaient les épaules étaient suspendues des musettes pleines de grenades à main, de ratios K, de vivres pour tenir 24 heures en période de combat. Cartouches, bidon, baïonnette, outils tintinabulaient autour des hanches. La poitrine et la ceinture du combattant étaient enserrées comme dans une cage. Le tirailleur cheminait pourtant promptement, son fusil en bandoulière. Il mettait toute son attention à suivre son prédécesseur, comme lui chaussé de bottines à semelles de caoutchouc et protégées par des guêtres. Ainsi, vers la fin du jour, les tirailleurs se pressaient en file indienne au fond d’une vallée - celle de Cerasuolo à Cardito - de part et d’autre de la route. Ils pressaient le pas. La mort rôdait. Le canon ralentit. Les observatoires allemands dominaient la route à quelques centaines de mètres plus haut et ajustaient les tirs de harcèlement d’artillerie. Le chemin était balisé par des cordons blancs limitant les champs de mines. Impossible de se garer par là. Brusquement, un pont, et la rencontre brutale avec la mort.Des tirailleurs, hagards et immobiles, étaient là, assis, tête nue, tués quelques moments auparavant sur le bord du chemin. Leur présence rappelait aux passants qu’ils étaient des cibles merveilleuses pour les Allemands. Le choc n’était même pas enregistré que la file des tirailleurs s’éclipsait au pas de charbon que l’on apercevait là-bas, émergeant dans la boue et la neige.De nuit, les hommes trébuchaient sur les pierres et se cramponnaient à un bâton. Ils évitaient de provoquer du bruit et suivaient silencieusement le dos d’un camarade qui brusquement s’évanouissait dans les ténèbres, parti au pas de course 15 mètres plus loin sans crier gare. Les corvées de ravitaillement montraient la force, l’endurance, la vue perçante de ces montagnards ghiata, véritables taureaux qui portaient des caisses de vivres ou de munitions avec une vigueur extraordinaire. Avant de partir, les hommes dévissaient dans l’obscurité de longues heures pour attiser l’acuité de leur vue perçante. Ils s’abstenaient de fumer pour s’habituer à voir la moindre ombre suspecte.Attaques d’hiver. A la mi-décembre 1943, après une marche d’approche de sept kilomètres, la longue ascension d’un sommet rocheux à la limite des Abruzzes, le San Michèle, a lieu en pleine nuit. Les 182 hommes de la compagnie portent chacun un obus de mortier, en plus de leur propre chargement. Au bout de cinq heures de pénible montée dans la nuit, une fusée rouge monte vers le ciel. L’occupation du rocher a réussi. Les pics ne parviennent pas à entamer le roc, mais donnent l’alerte aux Allemands invisibles. Les tirailleurs restent là, à découvert. A 8 heures, des Allemands en chemisette, casquette à visière sur la tête, surgissent et contre-attaquent à la mitraillette. Ils bondissent de rocher en rocher, comme à la manœuvre. Un mortier invisible règle son tir mortel, un degré à droite, un degré à gauche, relais la position. 30 tirailleurs sont tués. Azzouz a les deux jambes arrachées. Ses camarades lui crient "Chéad ! Chéad !" (Témoigne ! Témoigne !") et l’on voit son index droit se dresser vers le ciel avant l’ultime prosternation et le grand sacrifice. Le petit chef de mitrailleuse, l’imam de la compagnie, celui qui faisait prier et chanter pendant les longues marches du Ramadan, tombe à son tour. Certains tirailleurs sont faits prisonniers. L’un d’eux réussit à revenir dans les lignes en hurlant "Ami ! Qrib !". Un Lorrain - un Français venu du nord de la France et qui avait traversé les Pyrénées et l’Espagne pour rejoindre le Maroc et reprendre la lutte contre les Allemands - est tombé près de sa pièce de mortier. Un Français d’Oran est porté disparu. Les survivants sont massés sur le contre-pente, derrière le sommet. Ils contre-attaquent à la baïonnette. Un tir de flanc britannique réglé par radio cloue les Allemands au sol. La position évacuée aura été tenue une journée, puis abandonnée. Elle devait être reprise par une autre unité.Après quelques jours de repos à l’arrière, ordre est donné de remonter vers l’avant. Un soir à 23 heures, les tirailleurs, serrés à côté d’une batterie d’artillerie qui tonne, remarquent la présence inhabituelle d’une ambulance avec des infirmières à l’intérieur. Elles essaient de tricoter. Brusquement, c’est le départ pour une direction inconnue. La marche dure toute la nuit, pendant près de sept heures, à vive allure, sans une halte, dans un terrain de plus montagneux. A 5 h 45, arrêt dans un bois. Brusque repos pour reprendre haleine. Le jour paraît. Le brouillard persiste. A 6 heures, déferlement de l’artillerie. C’est l’attaque de deux sommets jumeaux de la Monna Casale à 1.220 et 1.225 mètres. Une section de voltigeurs se lance à l’assaut, soutenue par des tirs de mortiers. Elle est arrêtée par des tirs d’armes automatiques, par des tirs de flancs à la grenade. Un soldat tombe, tué net. C’est un Français de Casablanca. Un autre tirailleur est blessé aux pieds, ceux-ci complètement démis. Il rampe dans l’espoir d’atteindre un poste de secours vers l’arrière. Un troisième tirailleur est blessé au dos par des éclats d’obus. Une clameur s’élève vers le ciel : c’est à nouveau l’assaut, l’arrivée sur un sommet tenue par le cadavre d’un mitrailleur allemand. Ses camarades ont évacué la position. Les tirailleurs approchent et remarquent des fils suspects sous le corps : l’homme aurait-il été miné par ses camarades ? Ils remarquent des détonateurs de mines dans des abris en rondins de bois, des fusils Mauser, des baïonnettes, des grenades en bois à longs manches.La vie errante reprend à travers les bois et les vallées pour atteindre de nouvelles positions qui dominent la plaine située au nord de Cassino.
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La campagne d’ItalieLe 4 juin 1944, deux jours avant le débarquement allié en Normandie, à l’ouest de la France, l’entrée des Alliés à Rome permit de recueillir les fruits d’une victoire chèrement payée pendant l’hiver et au printemps, au nord et au sud de Monte Cassino. Ce lieu célèbre n’avait pas été choisi par l’état-major allemand pour la renommée de son monastère vieux de quinze siècles, mais parce que les massifs montagneux d’Italie centrale constituaient une forteresse naturelle formidable. A 80 km au nord-ouest de Naples, les Allemands avaient établi une solide ligne de défense au nord et au sud de Cassino, sur toute une largeur de la péninsule italienne. La ligne Gustav était constituée par une série de blockhaus. Elle s’étirait de la mer Tyrrhénienne à la mer Adriatique et utilisait les sommets des Abruzzes et des Apennins comme un véritable rempart. Les plaines littorales, la trouée de Cassino, parallèles à l’axe montagneux, permettaient des communications du sud vers le nord. Les Allemands avaient miné toutes ces voies d’accès. Les pluies torrentielles inondèrent sous 1,5 m d’eau la plaine située à l’est de Cassino qui devint impraticable. Le torrent qui drainait l’eau des sommets vers Cassino était le Rapido, qui, à partir de Cassino, était rejoint par un affluent et devenait ainsi le Garigliano, un profond fossé naturel qui interdisait toute progression des chars vers l’ouest.C’est là, au nord et au sud de Cassino, que les troupes marocaines furent engagées : en hiver au nord, puis au printemps au sud. Ici une remarque est à préciser : la légende veut que les combats pour la route de Rome aient eu lieu à Cassino. C’est vrai pour les Américains, les Polonais, les Néo-Zélandais, les Indiens et les Allemands. Mais jamais les troupes marocaines n’ont combattu à Cassino. Elles ont été engagées à 20 km au nord, pendant l’hiver 1943-1944, et à 20 km au sud pour la grande bataille décisive du Garigliano, le 11 mai 1944. Une fois encore la légende risquera-t-elle de l’emporter sur l’histoire ?
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Au front, ou la vie en première ligneEn mouvement, les tirailleurs marchaient très vite malgré leur lourd chargement. Ils portaient capote et pantalon de drap, chemise de laine, la poitrine bardée de deux chapelets de 180 cartouches. A des courroies, à des lanières qui sciaient les épaules étaient suspendues des musettes pleines de grenades à main, de ratios K, de vivres pour tenir 24 heures en période de combat. Cartouches, bidon, baïonnette, outils tintinabulaient autour des hanches. La poitrine et la ceinture du combattant étaient enserrées comme dans une cage. Le tirailleur cheminait pourtant promptement, son fusil en bandoulière. Il mettait toute son attention à suivre son prédécesseur, comme lui chaussé de bottines à semelles de caoutchouc et protégées par des guêtres. Ainsi, vers la fin du jour, les tirailleurs se pressaient en file indienne au fond d’une vallée - celle de Cerasuolo à Cardito - de part et d’autre de la route. Ils pressaient le pas. La mort rôdait. Le canon ralentit. Les observatoires allemands dominaient la route à quelques centaines de mètres plus haut et ajustaient les tirs de harcèlement d’artillerie. Le chemin était balisé par des cordons blancs limitant les champs de mines. Impossible de se garer par là. Brusquement, un pont, et la rencontre brutale avec la mort.Des tirailleurs, hagards et immobiles, étaient là, assis, tête nue, tués quelques moments auparavant sur le bord du chemin. Leur présence rappelait aux passants qu’ils étaient des cibles merveilleuses pour les Allemands. Le choc n’était même pas enregistré que la file des tirailleurs s’éclipsait au pas de charbon que l’on apercevait là-bas, émergeant dans la boue et la neige.De nuit, les hommes trébuchaient sur les pierres et se cramponnaient à un bâton. Ils évitaient de provoquer du bruit et suivaient silencieusement le dos d’un camarade qui brusquement s’évanouissait dans les ténèbres, parti au pas de course 15 mètres plus loin sans crier gare. Les corvées de ravitaillement montraient la force, l’endurance, la vue perçante de ces montagnards ghiata, véritables taureaux qui portaient des caisses de vivres ou de munitions avec une vigueur extraordinaire. Avant de partir, les hommes dévissaient dans l’obscurité de longues heures pour attiser l’acuité de leur vue perçante. Ils s’abstenaient de fumer pour s’habituer à voir la moindre ombre suspecte.Attaques d’hiver. A la mi-décembre 1943, après une marche d’approche de sept kilomètres, la longue ascension d’un sommet rocheux à la limite des Abruzzes, le San Michèle, a lieu en pleine nuit. Les 182 hommes de la compagnie portent chacun un obus de mortier, en plus de leur propre chargement. Au bout de cinq heures de pénible montée dans la nuit, une fusée rouge monte vers le ciel. L’occupation du rocher a réussi. Les pics ne parviennent pas à entamer le roc, mais donnent l’alerte aux Allemands invisibles. Les tirailleurs restent là, à découvert. A 8 heures, des Allemands en chemisette, casquette à visière sur la tête, surgissent et contre-attaquent à la mitraillette. Ils bondissent de rocher en rocher, comme à la manœuvre. Un mortier invisible règle son tir mortel, un degré à droite, un degré à gauche, relais la position. 30 tirailleurs sont tués. Azzouz a les deux jambes arrachées. Ses camarades lui crient "Chéad ! Chéad !" (Témoigne ! Témoigne !") et l’on voit son index droit se dresser vers le ciel avant l’ultime prosternation et le grand sacrifice. Le petit chef de mitrailleuse, l’imam de la compagnie, celui qui faisait prier et chanter pendant les longues marches du Ramadan, tombe à son tour. Certains tirailleurs sont faits prisonniers. L’un d’eux réussit à revenir dans les lignes en hurlant "Ami ! Qrib !". Un Lorrain - un Français venu du nord de la France et qui avait traversé les Pyrénées et l’Espagne pour rejoindre le Maroc et reprendre la lutte contre les Allemands - est tombé près de sa pièce de mortier. Un Français d’Oran est porté disparu. Les survivants sont massés sur le contre-pente, derrière le sommet. Ils contre-attaquent à la baïonnette. Un tir de flanc britannique réglé par radio cloue les Allemands au sol. La position évacuée aura été tenue une journée, puis abandonnée. Elle devait être reprise par une autre unité.Après quelques jours de repos à l’arrière, ordre est donné de remonter vers l’avant. Un soir à 23 heures, les tirailleurs, serrés à côté d’une batterie d’artillerie qui tonne, remarquent la présence inhabituelle d’une ambulance avec des infirmières à l’intérieur. Elles essaient de tricoter. Brusquement, c’est le départ pour une direction inconnue. La marche dure toute la nuit, pendant près de sept heures, à vive allure, sans une halte, dans un terrain de plus montagneux. A 5 h 45, arrêt dans un bois. Brusque repos pour reprendre haleine. Le jour paraît. Le brouillard persiste. A 6 heures, déferlement de l’artillerie. C’est l’attaque de deux sommets jumeaux de la Monna Casale à 1.220 et 1.225 mètres. Une section de voltigeurs se lance à l’assaut, soutenue par des tirs de mortiers. Elle est arrêtée par des tirs d’armes automatiques, par des tirs de flancs à la grenade. Un soldat tombe, tué net. C’est un Français de Casablanca. Un autre tirailleur est blessé aux pieds, ceux-ci complètement démis. Il rampe dans l’espoir d’atteindre un poste de secours vers l’arrière. Un troisième tirailleur est blessé au dos par des éclats d’obus. Une clameur s’élève vers le ciel : c’est à nouveau l’assaut, l’arrivée sur un sommet tenue par le cadavre d’un mitrailleur allemand. Ses camarades ont évacué la position. Les tirailleurs approchent et remarquent des fils suspects sous le corps : l’homme aurait-il été miné par ses camarades ? Ils remarquent des détonateurs de mines dans des abris en rondins de bois, des fusils Mauser, des baïonnettes, des grenades en bois à longs manches.La vie errante reprend à travers les bois et les vallées pour atteindre de nouvelles positions qui dominent la plaine située au nord de Cassino.
Les conséquences de nos actions sont des épouvantails pour les lâches, et des rayons de lumière pour les sages.